Les entités patronales sont des puissances surnaturelles issues des autres mondes, dont l'influence s'étend jusque dans le monde physique. Qu'elles proviennent du Paradis, de l'Enfer, d'Avalon ou des plans élémentaires, elles possèdent toutes un point commun. Elles concluent des pactes avec des mortels afin d'étendre leur influence. En échange d'une loyauté absolue, elles accordent à leurs serviteurs des richesses considérables, des connaissances interdites, le don de manifester la magie ou une protection que nul souverain terrestre ne pourrait offrir.
Ces organisations patronales disposent ainsi de ressources suffisantes pour financer des expéditions vers le Nouveau Monde, poursuivre leurs propres desseins et faire avancer les intérêts de leur patron. Les explorateurs qui leur sont liés ne servent donc pas uniquement une organisation mortelle. Chacun agit également au nom d'une puissance venue d'un autre plan d'existence, dont les motivations dépassent souvent la compréhension des peuples du monde connu.
Toutefois, ces dons ne sont jamais gratuits. Chaque faveur accordée renforce le lien unissant le mortel à son patron, jusqu'à faire de son âme la propriété de cette entité. La servitude peut prendre de nombreuses formes, allant d'une simple obéissance à une dévotion totale, mais tous les pactes partagent la même réalité. Les bienfaits obtenus aujourd'hui façonnent irrémédiablement le destin de celui qui les accepte lors de sa mort.
Thalan est l'incarnation même de la montagne. Son corps colossal est entièrement façonné de roche, de pierre et de terre compacte, comme si les fondations du monde avaient choisi de prendre vie. Son immensité dépasse toute compréhension mortelle : ses épaules disparaissent dans les nuages, des vallées semblent naître à chacun de ses pas et, lorsqu'il demeure immobile pendant des siècles, les peuples finissent par croire qu'il n'est qu'un sommet parmi tant d'autres. Son visage, sculpté dans une pierre millénaire, porte les marques du temps. Des fissures parcourent ses traits, où s'enracinent mousses, lichens et parfois même de jeunes arbres, comme si la vie elle-même trouvait refuge sur sa peau. Ses yeux brillent d'une lueur ambrée, semblable au cœur incandescent des profondeurs de la terre, observant le monde avec une patience que seuls les âges peuvent offrir. Chacun de ses mouvements est lent, presque imperceptible, mais lorsque le Seigneur Élémentaire décide enfin d'agir, la terre entière semble retenir son souffle. Son aura inspire un respect instinctif, presque sacré. En sa présence, les conversations s'éteignent, les pensées se calment et les préoccupations des mortels paraissent soudain dérisoires face à l'éternité qu'il incarne. Pourtant, cette sérénité ne doit jamais être confondue avec de la faiblesse. Comme une montagne, Thalan peut sembler immuable durant des millénaires, avant de libérer en un instant une puissance capable de remodeler des continents. Sa colère se manifeste par des séismes, des falaises qui s'effondrent et des montagnes qui se soulèvent, rappelant que sous le calme apparent de la pierre sommeille l'une des forces les plus anciennes et les plus redoutables de la Création.
L'ordre de Thalan trouve son plus solide ancrage dans les Landes Sanglantes, où les montagnes demeurent sauvages et où la terre n'a jamais été entièrement soumise à la volonté des hommes. Les vastes massifs, les falaises escarpées et les vallées préservées de cette région offrent à ses pactisés un sentiment de proximité avec leur Seigneur Élémentaire qu'ils ne retrouvent nulle part ailleurs. Beaucoup affirment y ressentir plus clairement la présence silencieuse de Thalan, comme si les montagnes elles-mêmes murmuraient ses enseignements. Cette communion avec la terre attire naturellement les bâtisseurs, les mineurs respectueux, les géologues, les gardiens des cols, les bergers des hautes vallées et tous ceux qui consacrent leur vie aux reliefs du monde. Bien que son influence soit particulièrement forte dans les Landes Sanglantes, l'ordre de Thalan est présent dans l'ensemble de l'Ancien Monde. Partout où des montagnes sont menacées par une exploitation aveugle, où des carrières défigurent des paysages millénaires et où la cupidité des hommes met en péril l'équilibre de la terre, ses membres interviennent pour rappeler que la pierre n'est pas une ressource infinie. Ils ne s'opposent pas à l'extraction nécessaire à la survie des peuples, mais combattent toute exploitation qui détruit davantage qu'elle ne construit. Conseillers auprès de certaines communautés, protecteurs dans d'autres, ils œuvrent à préserver les fondations du monde pour les générations futures. Aux yeux de l'ordre, les montagnes ne sont pas un obstacle à conquérir, mais un héritage vivant dont les mortels ne sont que les gardiens temporaires.
Pour Thalan, le temps est le plus grand des maîtres. Bien avant l'apparition des premiers royaumes, il veillait déjà sur les montagnes, et il continuera de le faire lorsque les cités des mortels ne seront plus que des ruines ensevelies sous la pierre. Là où les hommes comptent les années, lui contemple les millénaires. Rien ne presse un être qui sait que la montagne survit toujours à la tempête. Cette perception du temps façonne toute la philosophie de son ordre. Ses pactisés apprennent à observer avant d'agir, à comprendre avant de juger et à laisser les événements révéler leur véritable nature avant de prendre une décision. L'impulsivité est, à leurs yeux, la source de la plupart des catastrophes, car une décision prise dans la colère peut anéantir en un instant ce que des générations ont mis des siècles à bâtir. Malgré sa puissance colossale, Thalan n'est ni un conquérant ni un destructeur. Il est avant tout un gardien, convaincu que certaines responsabilités valent davantage que la liberté ou la gloire. C'est cette conviction qui l'a conduit à accepter de devenir la serrure vivante de la prison de Kaorh'zin, sacrifiant son propre destin afin de préserver celui de la Création tout entière. Les membres de son ordre cherchent à incarner cette même stabilité, préférant construire des fondations solides plutôt que rechercher des victoires éphémères. Ils considèrent les montagnes comme un héritage vivant dont les mortels ne sont que les gardiens temporaires. Les peuples peuvent y habiter et en extraire les ressources nécessaires à leur survie, mais jamais au prix de leur destruction. Thalan ne s'oppose pas au changement lorsque celui-ci suit le rythme naturel du monde. Les montagnes s'érodent, les vallées se creusent et les continents évoluent avec le temps. Ce qu'il refuse, c'est la transformation brutale née de l'orgueil, de la cupidité ou de l'impatience. Car une montagne détruite en une journée peut demander des millénaires à renaître, et certaines blessures infligées à la Terre ne guérissent jamais totalement.
L'ordre de Thalan est l'un des plus discrets de l'Ancien Monde. Contrairement à d'autres patrons qui se manifestent régulièrement auprès de leurs fidèles, le Seigneur de la Terre profonde n'a plus été aperçu depuis des millénaires. Cette absence nourrit autant les doutes que la foi de ses pactisés. Beaucoup ignorent où il se trouve réellement, certains allant jusqu'à se demander s'il est toujours en vie. Pourtant, aucun d'eux ne croit qu'il ait abandonné son devoir. Convaincus que Thalan poursuit une mission dépassant leur compréhension, ils consacrent une part importante de leurs ressources à retrouver sa trace. Des expéditions parcourent les chaînes de montagnes les plus anciennes, explorent les profondeurs oubliées et étudient les légendes évoquant un titan de pierre endormi sous le monde. Malgré cette quête incessante, leur ordre ne se laisse jamais détourner de sa véritable mission. Fidèles à l'enseignement de leur patron, ils savent attendre. Ils comprennent que certaines réponses n'apparaissent qu'après des siècles de patience et que la précipitation ne mène qu'à l'erreur. Cette philosophie explique également leur intérêt grandissant pour le Nouveau Monde. Ses montagnes encore intactes, ses vallées vierges et ses terres sauvages représentent un patrimoine que l'humanité n'a pas encore eu le temps de défigurer. Les pactisés de Thalan voient dans ce continent une occasion unique de préserver des paysages tels que la Création les avait façonnés à l'origine. Ils participent donc aux expéditions non pour conquérir ces territoires, mais pour s'assurer que leur développement respecte les fondations naturelles du monde. Si Thalan demeure introuvable, ses fidèles sont convaincus d'une chose. Où qu'il soit, il souhaiterait que les montagnes du Nouveau Monde soient protégées avant que les erreurs de l'Ancien Monde ne s'y répètent.
Ifreth possède une stature relativement modeste pour un Seigneur Élémentaire, ne dépassant guère trois mètres de hauteur. Pourtant, nul ne pourrait le confondre avec un être ordinaire. Sa silhouette massive évoque celle d'un artisan façonné par des millénaires passés devant les plus grandes forges de la Création. Ses épaules sont larges, ses bras puissants, et chacun de ses gestes dégage la précision calme d'un maître forgeron dont chaque mouvement est parfaitement maîtrisé. Sa peau est semblable à une roche volcanique refroidie, d'un noir profond, parcourue d'innombrables fissures où circule un magma incandescent. Ces veines rougeoyantes pulsent au rythme de ses émotions, projetant autour de lui des éclats de lumière comme les braises d'un foyer éternel. Une chaleur étouffante émane continuellement de son corps. L'air se déforme sous son aura, les métaux deviennent brûlants à son approche et les matériaux les plus fragiles risquent de s'embraser sans même qu'il ne les touche. Ses yeux, semblables à deux diamants parfaits renfermant une flamme éternelle, captivent tous ceux qui croisent son regard. Beaucoup rêveraient de s'emparer de ces joyaux, ignorant qu'ils constituent une partie vivante de son essence. La présence d'Ifreth rappelle celle d'une immense forge en pleine activité. Elle est à la fois écrasante, stimulante et étrangement inspirante. En sa présence, les passions s'intensifient, les ambitions renaissent et chacun ressent l'envie irrépressible de transformer ce qui l'entoure, comme si rien n'était jamais destiné à demeurer imparfait. Il ne dégage pas l'impression d'un destructeur aveugle, mais celle d'un artisan convaincu que tout ce qui mérite d'exister doit d'abord traverser les flammes avant de révéler sa véritable valeur.
L'ordre d'Ifreth est animé par une mission qui dépasse toutes les autres. Ils veulent retrouver leur Seigneur Élémentaire et le libérer de la prison où il fut enfermé par les autres Seigneurs Élémentaires afin de devenir l'une des serrures vivantes retenant Kaorh'zin, le Seigneur du Chaos Élémentaire. Pour ses fidèles, un être aussi essentiel au cycle de la création et du renouveau ne peut demeurer captif éternellement. Depuis des millénaires, ils parcourent l'Ancien Monde à la recherche d'indices susceptibles de révéler l'emplacement exact de cette prison ou la manière de briser les chaînes qui retiennent leur patron. Malgré son enfermement, Ifreth n'a jamais cessé de guider les siens. Par des visions, des rêves, des flammes prophétiques ou les murmures des brasiers sacrés, il continue de transmettre ses volontés à ses pactisés. Ses commandements ne sont jamais arbitraires. Il leur désigne les œuvres devenues corrompues, les institutions figées par leurs traditions, les objets qui doivent être détruits pour laisser place à quelque chose de meilleur. Les membres de son ordre parcourent ainsi les royaumes comme les artisans d'un immense chantier, convaincus que le monde entier est une forge où chaque destruction prépare une renaissance. Parmi eux se trouvent de nombreux forgerons, verriers, fondeurs, alchimistes et artisans, mais aussi des révolutionnaires, des réformateurs et des visionnaires persuadés que toute société doit accepter de brûler une partie de son passé pour évoluer. Tous partagent par contre une même certitude. Lorsque viendra enfin le jour où Ifreth retrouvera sa liberté, une nouvelle ère de transformation s'abattra sur le monde, et ils entendent être les premiers à préparer le brasier qui annoncera ce renouveau.
Pour Ifreth, le feu n'est pas une fin, mais le commencement de toute véritable création. Rien ne peut atteindre son plein potentiel sans avoir été éprouvé, transformé et purifié par les flammes. Le minerai doit fondre avant de devenir une lame d'exception, l'argile doit traverser le four avant de devenir une œuvre durable, et les êtres eux-mêmes doivent affronter les épreuves de l'existence pour révéler leur véritable valeur. Aux yeux du Seigneur Élémentaire, le monde entier est une immense forge où chaque difficulté représente un coup de marteau destiné à façonner quelque chose de plus grand. Ses pactisés embrassent cette philosophie du renouveau dans chacune de leurs actions. Ils admirent les artisans capables de transformer une matière brute en une œuvre d'art, mais également ceux qui savent remettre en question leurs propres convictions afin de devenir de meilleures versions d'eux-mêmes. Rien n'est jamais définitif. Rien n'est jamais parfait. Toute création peut être améliorée si l'on accepte de la replonger dans les flammes. Pourtant, malgré son tempérament ardent, Ifreth n'est pas un partisan de la destruction aveugle. Comme le plus grand des maîtres forgerons, il sait que chaque coup de marteau doit être porté avec précision et que chaque instant passé dans le feu poursuit un objectif. Une œuvre chauffée trop longtemps se brise, un métal frappé sans maîtrise devient inutilisable. Il en va de même pour le monde. La destruction sans raison n'est que du chaos, tandis qu'une destruction guidée par la volonté de bâtir quelque chose de meilleur devient un acte de création. C'est pourquoi les fidèles d'Ifreth ne célèbrent jamais les ruines pour elles-mêmes. Ils célèbrent ce qui naîtra des cendres. Car lorsque le brasier s'éteint, Ifreth ne contemple jamais ce qui a disparu. Son regard est déjà tourné vers l'œuvre nouvelle qui émergera du feu, plus forte, plus belle et plus digne que celle qui l'a précédée.
L'ordre d'Ifreth exerce très peu d'influence politique dans l'Ancien Monde. Contrairement à d'autres organisations qui cherchent à accumuler richesses, territoires ou pouvoir, ses membres préfèrent agir dans l'ombre, convaincus que leur véritable mission dépasse les ambitions des royaumes. Toute leur existence est tournée vers un seul objectif. C'est de retrouver leur Seigneur Élémentaire et le libérer de la prison où il demeure enfermé depuis des millénaires. Cette quête les pousse à explorer les montagnes oubliées, les ruines antiques, les anciennes forges et tous les lieux où pourraient subsister des traces de son emprisonnement. Malgré cette discrétion, leur passage laisse parfois une marque profonde. Les fidèles d'Ifreth n'hésitent pas à provoquer la destruction lorsque celle-ci ouvre la voie à quelque chose de meilleur. Une forteresse devenue symbole de tyrannie peut être réduite en cendres afin qu'une cité plus juste s'élève à sa place. Une institution corrompue peut être renversée pour permettre l'émergence d'un ordre nouveau. Leurs actes sont souvent mal compris, car ceux qui ne voient que les flammes ignorent l'œuvre que leurs auteurs cherchent à façonner. Depuis la découverte du Nouveau Monde, une conviction grandit au sein de l'ordre. Beaucoup sont persuadés que les terres sauvages récemment révélées pourraient abriter la prison d'Ifreth ou, à tout le moins, des indices permettant enfin de retrouver sa trace. Cette croyance pousse un nombre croissant de ses pactisés à rejoindre les expéditions d'exploration. Officiellement, ils viennent découvrir un continent inconnu. En réalité, chacun espère que, quelque part sous ces terres vierges, brûle encore le brasier de leur maître, attendant le jour où ses fidèles viendront enfin le délivrer.
Kaorh'Zïn est une vision que l'esprit peine à accepter. Son immense corps ne possède aucune forme véritablement stable, comme si les quatre éléments se disputaient continuellement le droit de le façonner. À chaque instant, sa silhouette se transforme: des plaques de roche se fissurent et se liquéfient en magma incandescent, lequel s'évapore aussitôt en nuées d'orage parcourues d'éclairs. Ces tempêtes se condensent ensuite en torrents d'eau qui gèlent en immenses cristaux avant d'être broyés sous leur propre poids et de redevenir poussière. Ce cycle ne s'interrompt jamais. Il n'existe ni commencement ni fin à cette métamorphose permanente, seulement un chaos parfaitement maîtrisé. Son visage lui-même semble naître puis disparaître au rythme de ces transformations, tantôt sculpté dans une pierre millénaire, tantôt dissimulé derrière un voile de flammes, de glace ou de vapeur. Seuls ses yeux demeurent immuables. Deux vortex aux couleurs impossibles, où tourbillonnent simultanément la terre, l'eau, le feu et l'air, donnent l'impression d'assister à la naissance et à la fin d'un monde au même instant. Son aura défie les lois de la réalité. La gravité vacille, la lumière se fracture, l'air crépite d'une énergie incontrôlable et les éléments cessent d'obéir aux règles connues. L'eau brûle, les flammes gèlent, les vents soulèvent des montagnes et la pierre devient liquide avant de retrouver sa solidité quelques instants plus tard. Ce n'est pas Kaorh'Zïn qui déforme le monde, mais c'est le monde qui semble incapable de décider quelles lois doivent s'appliquer en sa présence. Quiconque le contemple comprend instinctivement qu'il se tient face à une force plus ancienne que les Plans Élémentaires eux-mêmes, une incarnation du Chaos primordial dont la seule existence rappelle que l'équilibre de la Création n'est peut-être qu'une fragile illusion.
L'ordre de Kaorh'Zïn est le plus jeune de tous les ordres des patrons. Pendant des millénaires, son emprisonnement l'empêcha d'exercer la moindre influence sur le monde, mais la reconstruction du premier sceau, en l'an 2025, lui permit enfin de projeter une infime partie de sa volonté à travers la Toile. Depuis cet instant, il choisit ses pactisés parmi les mortels capables de placer la survie de la Création au-dessus de toute autre considération. Malgré son existence récente, son organisation s'est rapidement divisée en deux branches complémentaires. La première est entièrement consacrée à la lutte contre le Néant. Ses membres traquent les incursions de cette force destructrice partout où elles apparaissent, qu'il s'agisse de créatures corrompues, de failles dans la Toile ou de phénomènes inexplicables menaçant l'équilibre de la Création. Leur mission les conduit fréquemment à collaborer avec les membres de l'Ordre du Cercle Sépulcral, dont ils partagent le même objectif. Celui d'empêcher le Néant de gagner du terrain, quels que soient les sacrifices nécessaires. La seconde branche poursuit une quête bien plus mystérieuse. Ses membres recherchent les Toiles du Chaos Primordial, d'antiques fenêtres peintes par la Toile elle-même sur la prison de son champion. Chacune de ces œuvres constitue une partie des sceaux retenant Kaorh'Zïn captif. Lorsqu'une Toile est retrouvée puis reconstituée, une infime portion des chaînes qui emprisonnent le Chaos Élémentaire se désagrège, comme si la prison perdait lentement l'une de ses pierres. Les pactisés de cette branche savent que leur mission est aussi controversée que dangereuse. Ils ne cherchent pas à libérer un conquérant, mais celui qu'ils considèrent comme le plus grand défenseur de la Création. Convaincus que le jour viendra où le Néant exigera son retour, ils poursuivent leur œuvre dans le plus grand secret, prêts à être incompris pour préparer ce qu'ils croient être le salut du monde.
Toute la philosophie de Kaorh'Zïn peut se résumer en une seule conviction: la survie de la Création passe avant toute autre chose. Les royaumes, les peuples, les Seigneurs Élémentaires et même Kaorh'Zïn lui-même ne sont que des fragments d'un ensemble infiniment plus vaste : la Toile. Si un sacrifice est nécessaire pour préserver cet équilibre, alors il doit être accompli, aussi terrible soit-il. Cette vision pousse ses pactisés à raisonner à l'échelle des siècles plutôt qu'à celle d'une vie mortelle. Ils ne recherchent ni la gloire, ni le pouvoir, ni la reconnaissance. Leur unique devoir est d'empêcher le Néant de consumer la Création. Parce que leurs méthodes sont souvent incomprises et que leurs décisions peuvent sembler impitoyables, ils préfèrent agir dans l'ombre plutôt que d'imposer leurs convictions au grand jour. Ils savent que le monde les jugerait volontiers comme des fanatiques ou des traîtres, alors qu'ils se considèrent comme les gardiens d'une vérité que peu sont capables d'accepter. Leur loyauté n'appartient ni à Kaorh'Zïn, ni à un royaume, mais uniquement à la Toile. Fidèles à l'enseignement de leur patron, ils iraient jusqu'à s'opposer à lui si un jour il devenait lui-même une menace pour la Création. Car, pour Kaorh'Zïn comme pour son ordre, aucune volonté, aussi puissante soit-elle, ne vaut davantage que la sécurité de l'univers tout entier.
L'ordre de Kaorh'Zïn ne possède pratiquement aucune influence dans l'Ancien Monde. Trop récent pour avoir bâti des institutions durables et trop secret pour rechercher une quelconque reconnaissance, il demeure inconnu de la grande majorité des peuples. Ses membres n'occupent ni les plus hautes fonctions politiques, ni les grandes académies, et ne cherchent pas à convertir les foules à leur cause. Ils préfèrent intervenir discrètement, convaincus que leur véritable mission ne se mesure ni en prestige ni en pouvoir, mais par les blessures qu'ils empêchent le Néant d'infliger à la Toile. Peu à peu, leur existence commence toutefois à être remarquée dans les régions où le Néant perce les défenses de la Création. Là où apparaissent des failles, des phénomènes inexplicables ou des créatures corrompues, il n'est pas rare que des inconnus interviennent avant de disparaître sans réclamer la moindre récompense. Ces actions ont commencé à alimenter des rumeurs sur l'existence d'un ordre mystérieux prêt à accomplir les tâches que personne d'autre n'ose entreprendre. Depuis la découverte du Nouveau Monde, leurs efforts se concentrent presque entièrement sur ce continent. Ils savent que c'est là que le premier sceau primordial fut reconstruit, permettant à Kaorh'Zïn de retrouver une voix après des millénaires de silence. Pour eux, cette terre est devenue le centre de toutes les attentions. Ils y recherchent les traces des anciens sceaux, surveillent les manifestations du Néant et poursuivent leur quête des Toiles du Chaos Primordial, convaincus que l'avenir de la Création pourrait désormais se jouer sur ces terres encore sauvages.