Le Royaume d’Épicure fut fondé approximativement à la même époque que l’Empire Grégorien, dans un contexte de profond bouleversement politique et militaire de l’Ancien Monde. À cette époque, le territoire qui deviendrait Épicure était morcelé entre de nombreux seigneurs indépendants, chacun régnant sur ses terres sans réelle autorité centrale.
Lorsque Grégory entreprit ses campagnes de conquête, avançant sans relâche et soumettant royaumes après royaumes, ces seigneurs comprirent rapidement qu’isolés, ils ne pourraient résister longtemps à une telle puissance. Face à cette menace commune, ils firent un choix déterminant : s’unir plutôt que disparaître.
Ils formèrent une alliance défensive et nommèrent un roi chargé de représenter l’ensemble de leurs territoires. C’est ainsi que naquit le Royaume d’Épicure. Toutefois, contrairement aux empires centralisés, cette union ne visait pas à effacer les pouvoirs locaux. Chaque seigneur souhaitait conserver une part significative de son autorité. De ce compromis naquit un système féodal structuré, dans lequel ducs, comtes et barons continuaient de gouverner leurs domaines respectifs, tout en rendant des comptes à la Couronne d’Épicure.
Dès sa fondation, le royaume se distingua par une ouverture assumée. Toutes les races, toutes les croyances et toutes les origines y étaient acceptées, pourvu que l’on respecte les lois et les traditions locales. Cette tolérance ne fut pas imposée par idéologie, mais par pragmatisme : l’unité d’Épicure reposait sur la diversité et la coopération plutôt que sur l’uniformité.
L’accès à l’éducation, tel qu’il est connu aujourd’hui dans le Royaume d’Épicure, ne faisait pas partie du projet initial. À ses débuts, le royaume se contentait d’assurer sa survie politique et militaire face aux menaces extérieures. Ce n’est que bien plus tard, au fil des générations, que l’éducation devint un pilier central de l’identité épicurienne, façonnant progressivement une nation où le savoir serait considéré comme une richesse collective.
Depuis sa fondation, le Royaume d’Épicure applique un système de primogéniture masculine pour assurer la continuité de la Couronne. Le fils aîné du souverain régnant est, de plein droit, destiné à lui succéder. Cette règle simple et stable fut adoptée dès les origines du royaume afin d’éviter les luttes de pouvoir internes et de préserver l’équilibre fragile entre les grandes familles féodales.
La loi épicurienne prévoit également les cas où le roi viendrait à mourir sans descendance directe. Dans une telle situation, la succession revient alors au frère du souverain, puis, le cas échéant, aux enfants de ce dernier, et ainsi de suite, en suivant la lignée masculine la plus proche. Ce système vise à maintenir la Couronne au sein d’un cercle familial élargi, garantissant à la fois continuité et légitimité.
Par ailleurs, une ancienne loi épicurienne, rarement évoquée et encore moins débattue, prévoit une mesure exceptionnelle. Elle stipule qu’un vote à l’unanimité des ducs et des comtes du royaume peut renverser la famille royale en place et installer à la tête d’Épicure la famille d’un duc jugé digne de gouverner. Cette disposition, héritée des compromis fondateurs du royaume, rappelle que la Couronne d’Épicure n’est pas absolue, mais repose sur l’adhésion des grandes maisons féodales.
Toutefois, cette loi n’a jamais été invoquée depuis la fondation du royaume. La famille royale actuelle gouverne Épicure sans discontinuité depuis ses origines, et son autorité n’a jamais été remise en cause de manière officielle. L’existence même de cette loi demeure connue de quelques érudits et nobles, mais elle est généralement perçue comme une garantie théorique plutôt qu’une menace réelle.
Ainsi, la succession épicurienne repose sur un équilibre subtil entre tradition, stabilité dynastique et responsabilité envers l’ensemble du royaume un rappel discret que le pouvoir, même royal, n’est jamais entièrement détaché du consentement de ceux qui le soutiennent.
Le Royaume d’Épicure fut, durant la majeure partie de son histoire, un État profondément religieux. Chaque village, chaque bourg et chaque cité se construisait autour d’une église dédiée à Kaël le Vertueux, figure centrale de la foi épicurienne. Cette religion structurait non seulement la vie spirituelle, mais également la vie civile, les lois et les rapports entre les individus.
Les lois d’Épicure furent longtemps directement inspirées des préceptes de Kaël, plaçant la compassion envers toute chose et tout être au cœur de l’ordre social. La souffrance gratuite, l’exploitation injuste et la cruauté étaient perçues non seulement comme des fautes morales, mais comme des atteintes à l’harmonie même du royaume.
Dans cette logique, Épicure céda plusieurs châteaux et terres fortifiées aux Croisés de Kaël, leur offrant des fiefs à la hauteur de leur rôle et de leur puissance martiale. Ces croisés furent chargés d’affronter les menaces que le royaume jugeait incompatibles avec ses valeurs : principalement les diables et les corrupteurs, forces perçues comme des négations absolues de la compassion et de l’équilibre. Bien que profondément religieux, le royaume délégua ainsi la violence nécessaire à des ordres spécialisés, afin de préserver autant que possible la paix intérieure.
Sous le règne du grand-père du roi actuel, Épicure connut un tournant idéologique majeur. L’État devint progressivement plus laïque, établissant une séparation claire entre les pouvoirs religieux et les pouvoirs administratifs. Cette transition ne fut ni brutale ni conflictuelle : la foi de Kaël conserva une place centrale dans la culture et les traditions, mais ne dictait plus directement la gouvernance. L’État conserva toutefois son principe fondateur de compassion, désormais inscrit dans les lois civiles plutôt que dans les seuls dogmes religieux.
L’éducation occupe une place fondamentale dans cette idéologie renouvelée. En Épicure, le savoir est considéré comme un outil de liberté et de responsabilité. Même le plus pauvre des paysans apprend à lire et écrire, et l’accès à l’éducation est non seulement garanti, mais obligatoire pour tous. Cette instruction universelle vise à former des citoyens capables de comprendre le monde, de faire des choix éclairés et de participer activement à la vie du royaume.
Ainsi, l’idéologie épicurienne repose sur un équilibre entre héritage religieux, compassion institutionnalisée, liberté individuelle et transmission du savoir. Un modèle qui privilégie l’élévation de l’individu sans jamais rompre le lien avec la communauté.
La structure sociale du Royaume d’Épicure repose sur un système féodal modéré, où l’autorité est partagée entre la noblesse, le clergé et les citoyens, tout en demeurant profondément influencée par les principes d’égalité morale et de compassion issus de la Foi de Kaël.
Au sommet de la société se trouve le roi, Alexandre IV, dont le pouvoir est absolu dans sa portée, mais encadré par des idéaux spirituels et moraux forts. Son autorité s’exerce dans la recherche constante de l’équilibre entre stabilité politique, bien-être du peuple et respect des valeurs fondatrices du royaume. Autour de lui gravitent les seigneurs féodaux, ducs, comtes et barons, détenteurs de terres et de titres, chargés de gouverner leurs domaines et de lever des troupes pour la défense d’Épicure. Bien que puissants, ces seigneurs ont l’obligation morale et politique de servir l’intérêt du peuple ; un manquement grave à cette responsabilité peut leur faire perdre la faveur royale.
Le clergé, incarné principalement par l’Église de Kaël, occupe une place centrale dans la vie quotidienne. Prêtres, hospitaliers, croisés et autres membres de l’Église remplissent des fonctions à la fois spirituelles et sociales : aide aux plus démunis, soins aux malades, éducation des enfants et maintien de la paix intérieure. Leur présence constante rappelle que la foi, même dans un État désormais plus laïque, demeure un pilier de la société épicurienne.
Les citoyens ordinaires, artisans, commerçants et paysans, constituent la majorité de la population. Leur quotidien est rythmé par le travail, mais ils bénéficient de la protection de l’Église et de la bienveillance de l’État, qui garantit leurs droits fondamentaux et leur sécurité. Malgré la hiérarchie féodale, un principe demeure intangible : l’égalité devant Kaël. Quel que soit son rang, chacun peut espérer recevoir la compassion divine et l’aide de la communauté.
La vie domestique à Épicure reflète un équilibre entre simplicité et confort, en accord avec les valeurs de la Foi de Kaël, qui prône humilité, charité et solidarité. Les maisons des citoyens ordinaires sont généralement modestes, construites en pierre ou en bois, avec des toits de chaume ou de tuiles. Les habitations sont regroupées, favorisant des communautés soudées. Une grande cheminée centrale sert à la fois à la cuisson des repas et au chauffage, et les tâches domestiques sont partagées entre les membres de la famille.
Les nobles, quant à eux, résident dans des châteaux ou des forteresses imposantes, souvent situés en des lieux stratégiques. Ces demeures disposent de remparts, de tours, de jardins et d’un mobilier raffiné : tapisseries, bibliothèques et salles de réception. Toutefois, malgré ce luxe, les nobles sont tenus de respecter les principes de Kaël ; leurs demeures doivent refléter une certaine modestie et une harmonie avec la nature. Autour de ces domaines vivent serfs et vassaux, installés dans des fermes ou des habitations plus simples.
Les villes et villages sont généralement construits autour d’une place centrale, où se trouvent l’église, le marché et les lieux de rassemblement. L’architecture religieuse y est omniprésente : temples, hôpitaux et bâtiments publics inspirent le respect et rappellent la place centrale de la foi dans la vie collective.
La vie religieuse demeure au cœur de l’existence des Épicuriens. Les journées commencent et se terminent souvent par des prières, et l’année est rythmée par de nombreuses festivités religieuses. Chaque village et chaque ville possède une église de Kaël, souvent ornée de fresques lumineuses représentant ses enseignements : compassion, guérison, lumière et justice.
Ces églises ne sont pas de simples lieux de culte, mais de véritables centres communautaires. On y tient des rassemblements, des foires et des célébrations. Les prêtres et hospitaliers y enseignent les préceptes de Kaël, prodiguent soins et remèdes, et offrent assistance aux pauvres, aux malades et aux personnes âgées, sans distinction de rang.
Les enfants sont éduqués principalement dans des écoles religieuses, où l’on enseigne à la fois la foi et des savoirs essentiels : lecture, écriture et mathématiques de base. L’accès à l’éducation est relativement égalitaire, avec une attention particulière accordée aux enfants des familles les plus pauvres, afin de leur permettre d’améliorer leur condition et de participer pleinement à la vie du royaume.
Le Royaume d’Épicure maintient une armée professionnelle permanente, placée directement sous l’autorité de la Couronne. En temps de paix, ces soldats assurent les patrouilles sur les routes, traquent et démantèlent les repaires de brigands, et interviennent pour régler les conflits mineurs qui pourraient troubler l’ordre public. Leur présence vise avant tout à garantir la sécurité des populations et la stabilité intérieure du royaume.
Bien que peu nombreuses, ces troupes sont entraînées comme une véritable armée professionnelle. Elles bénéficient d’une formation rigoureuse et d’une organisation structurée, leur permettant d’agir efficacement lors d’opérations ciblées. L’armée professionnelle d’Épicure comprend également des unités de logistique ainsi que des armes de siège, afin de pouvoir soutenir des campagnes militaires plus larges lorsque la situation l’exige.
Toutefois, la véritable force militaire d’Épicure repose sur deux piliers essentiels.
Le premier est constitué des paysans et citoyens, levés en tant qu’hommes d’armes en période de guerre. Chaque seigneur féodal a l’obligation de veiller à ce que la population de ses terres soit en mesure de répondre à un appel aux armes. Cette levée n’est pas permanente, mais organisée et encadrée, permettant au royaume de mobiliser rapidement des effectifs importants en cas de conflit majeur.
Le second pilier est formé par les chevaliers d’Épicure. Issus de la noblesse, ils sont entraînés dès leur plus jeune âge au maniement des armes, au port de l’armure, à l’équitation et au commandement. Les chevaliers constituent les troupes d’élite du royaume, réputées pour leur discipline et leur puissance martiale. La cavalerie épicurienne est lourdement armée et capable de frapper avec une force décisive sur le champ de bataille.
En temps de paix, les chevaliers poursuivent leur entraînement lors de joutes, tournois et concours martiaux, occasions où ils peuvent démontrer leur valeur, renforcer leur cohésion et entretenir leurs compétences. Ces événements servent également de spectacles populaires, rappelant à la population la capacité du royaume à se défendre.
Ainsi, l’organisation militaire d’Épicure reflète son identité : une armée permanente dédiée à la protection et à la paix, appuyée en temps de crise par la mobilisation du peuple et la force écrasante d’une noblesse guerrière disciplinée.
L’économie du Royaume d’Épicure repose avant tout sur une production agricole abondante, rendue possible par l’étendue de ses terres planes et fertiles. Les nombreuses fermes du royaume assurent une production constante de nourriture, permettant non seulement de nourrir la population, mais aussi de soutenir les échanges commerciaux à grande échelle.
L’élevage occupe une place tout aussi centrale. Le royaume produit une grande quantité de bétail et de montures, profitant de son territoire largement ouvert. Le bétail est utilisé tant pour l’alimentation que pour la production de cuir, tandis que les champs sont également consacrés à la culture de plantes textiles, fournissant une matière première essentielle à l’artisanat et au commerce épicurien.
Malgré la présence de deux chaînes de montagnes sur son territoire, Épicure demeure pauvre en métaux exploitables. Cette faiblesse structurelle contraint le royaume à dépendre fortement du commerce extérieur pour l’approvisionnement en ressources métalliques. En revanche, le bois pousse relativement bien, offrant un matériau accessible pour la construction, la fabrication navale et les usages domestiques.
La pêche constitue une activité économique majeure. Les ressources maritimes et fluviales alimentent à la fois le marché intérieur et l’exportation, contribuant à la prospérité du royaume. Cette vocation maritime est renforcée par le fait qu’Épicure possède la plus grande flotte marchande de tout l’Ancien Monde, véritable colonne vertébrale de son économie et symbole de sa puissance commerciale.
Sur le plan des échanges internationaux, Épicure commerce principalement sa nourriture avec l’Alliance sous les Montagnes, en échange de métaux indispensables à son artisanat et à sa défense. Le royaume importe également de la pierre des Landes Sanglantes, troquée contre des étoffes et des cuirs produits en abondance sur son territoire.
Toutefois, cette prospérité économique s’accompagne d’un revers important. En raison de lois laxistes et de punitions jugées dérisoires par ses voisins, la criminalité y est particulièrement élevée. Épicure est ainsi devenu un lieu de prédilection pour le marché noir, attirant trafiquants et contrebandiers de toutes sortes. On y retrouve notamment le commerce illégal d’esclaves, d’animaux exotiques, de drogues et d’alcools de contrebande.
Cette dualité entre richesse commerciale et permissivité juridique façonne profondément l’identité économique d’Épicure, faisant du royaume à la fois un carrefour d’échanges et une zone grise où prospèrent les activités clandestines.
L’alimentation en Épicure reflète la diversité sociale du royaume et son accès abondant aux ressources agricoles et maritimes. Si la nourriture est globalement suffisante pour l’ensemble de la population, la qualité et la variété des repas diffèrent fortement selon le rang social.
La majorité de la population épicurienne, composée de paysans et de travailleurs ruraux, se nourrit d’une cuisine simple, nourrissante et répétitive.
La base de leur alimentation est constituée de pain grossier, préparé à partir d’orge, de seigle ou d’avoine, accompagné de bouillies et de soupes de légumes, principalement à base de racines.
Les protéines proviennent surtout de produits accessibles et peu coûteux tel que fromages de lait de vache, œufs, volaille, principalement le poulet, ainsi que du poisson, très présent dans les régions côtières et fluviales. Le hareng salé ou fermenté est particulièrement répandu, servant à la fois de nourriture quotidienne et de réserve hivernale.
Pour l’hydratation, les paysans consomment principalement de l’eau, mais aussi du vin coupé à l’eau et de la bière, plus sûre à boire que l’eau stagnante, produite localement.
Les nobles, les marchands fortunés et les hauts dignitaires bénéficient d’une alimentation nettement plus raffinée. Leur base alimentaire repose sur le pain blanc de froment, symbole de statut social, accompagné de viandes variées : gibier issu de la chasse, volaille, et coupes de bœuf coûteuses. Les poissons occupent également une place importante sur leurs tables.
Les fruits consommés par les classes aisées sont plus diversifiés et souvent importés ou cultivés dans des domaines protégés : oranges, pommes et cerises figurent parmi les plus appréciés.
Les plats sont relevés par une abondance d’épices chères, marque distinctive du luxe épicurien : safran, cannelle, poivre, thym, gingembre et basilic, auxquels s’ajoute une utilisation généreuse du sucre, rare et précieux.
Parmi les spécialités de la table noble figurent les pâtisseries, les plats en sauce élaborés, ainsi que l’usage courant du tranchoir, une épaisse tranche de pain servant à la fois d’assiette et d’accompagnement.
Épicure produit de la bière en grande quantité, grâce à la culture étendue du houblon. Cette boisson est largement consommée par toutes les classes sociales et constitue un pilier de la production alimentaire du royaume.
La production de vin est également répandue, bien que les vins ordinaires soient généralement de piètre qualité, destinés à la consommation courante. En revanche, Épicure est réputé pour ses vins de cerise, dont la qualité est reconnue et appréciée, tant au sein du royaume qu’à l’étranger.